Le Nigéria, en
Afrique de l’Ouest, et le Cameroun en Afrique centrale, sont ainsi devenus des
verrous à faire sauter pour le contrôle total du Golfe de Guinée par les USA,
et de la Zone sahélo-sahélienne par la France. En effet, la puissance
économique du Nigéria, ainsi que les ressources pétrolières du Golfe de Guinée
et la présence effective de la Chine dans la zone, dérangent les grandes
puissances du monde.
En Afrique, nous
vivons dans un monde d’affrontements économiques entre nations, opposant deux
blocs : les nouvelles puissances planétaires que sont désormais la Chine,
l’Inde, la Russie regroupés avec d’autres au sein des BRICS, d’une part, et,
d’autre part, les Etats-Unis et l’Union Européenne dont la France est le fer de
lance.
Dans le contexte
international morose actuel, le choc violent entre les deux blocs est
aujourd’hui à l’œuvre tant en Europe de l’Est (crise Ukrainienne), qu’au Moyen
Orient (crise Syrienne et Irakienne), et en Afrique, avec la crise dans la Zone
Sahélo Sahélienne (Mali et Centrafrique), et la crise dans le Golfe de Guinée
(Nigéria et Cameroun).
Dans ce cadre, le
Golfe de Guinée, dont les ressources naturelles sont convoitées de toutes
parts, est devenu le champ de bataille où les USA ont déployé une puissante
Armée d’intervention, AFRICOM, pour la maîtrise des produits de base
nécessaires à leur économie, à l’exclusion des pays des BRICS, la Chine
notamment.
Le Nigéria, en
Afrique de l’Ouest, et le Cameroun en Afrique centrale, sont ainsi devenus des
verrous à faire sauter pour le contrôle total du Golfe de Guinée par les USA,
et de la Zone sahélo sahélienne par la France.
En effet, la
puissance économique du Nigéria, ainsi que les ressources pétrolières du Golfe
de Guinée et la présence effective de la Chine dans la zone, dérangent les
grandes puissances du monde, y compris l’Arabie Saoudite et le Qatar en tant
que pays membres de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole).
Pour ces deux pays de l’OPEP, l’arme de « destruction massive » contre le
Nigéria, est la « spéculation à la baisse du prix du baril du pétrole ».
De même que le
Cameroun, qui a connu une diversification géographique de ses partenaires, avec
l’augmentation de la part de l’Asie dans les échanges qui est passée de 9% en
2004 à 16% en 2010, contre 68% à 38% pour l’Union européenne, et qui a
enregistré, ces trois dernières années, un renversement spectaculaire dans ses
rapports avec les bailleurs de fonds.
C’est ainsi que
la Chine est devenue, entre 2009 et 2011, le principal bailleur de fonds du
Cameroun avec 34% en moyenne du total, loin devant la France qui vient en
seconde position avec 17%.
Le Nigéria et
devenu récemment, la première puissance économique de l’Afrique et le pivot
central de l’intégration ouest africaine dans le cadre de la CEDEAO (Communauté
économique des Etats de l’Afrique de l’ouest). Le Cameroun est la première
puissance économique de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique
Centrale (CEMAC), et le pivot de l’intégration des Etats du Centre dans le
cadre de la CEEAC (Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale).
En outre, le
Cameroun bénéficie d’une position géographique qui lui fait assurer un rôle de
jonction entre le Nigeria et l’Afrique centrale, dans le positionnement
géostratégique des grandes puissances autour du Golfe de Guinée.
Tous ces deux
pays sont la cible directe de BOKO Haram, qui se réclame de l’Etat Islamique,
et qui menace leur intégrité territoriale dans le but évident d’entrainer leur
effondrement économique, et leur partition en micro Etats.
En ciblant le
Cameroun en plus du Nigéria sans aucune raison politique, Boko Haram s’avère
donc être le cheval de Troie de l’offensive franco-américaine pour parachever
leur contrôle stratégique dans la zone sahélo sahélienne et dans le Golfe de
Guinée.
Boko haram, ne
contrôlant aucune zone pétrolifère, et évoluant dans la partie la plus
défavorisée du Nigéria, étonne par sa puissante armée et sa puissance de feu,
contre lesquelles l’Etat de la première puissance économique et de la plus
puissante armée de la CEDEAO, peine à faire face.
Ce paradoxe est
présenté dans l’opinion internationale comme étant le résultat d’une politique
désastreuse de l’Etat dans sa partie Nord, et par la corruption qui le gangrène
et rend son armée impotente.
Cependant, l’on
peut se demander comment le Nigéria a-t-il pu se hisser à la première place de
l’économie du continent, et ses nationaux avoir le contrôle de leur économie,
si la corruption y était relativement plus développée que dans les autres pays
d’Afrique ?
Ne nous a-t-on
pas toujours dit que la corruption est l’élément explicatif de notre retard
économique ?
De même,
l’inefficacité de l’Armée nigériane tient aussi, en grande partie, de l’épée de
Damoclès que la Cour pénale Internationale(CPI) tient au-dessus des têtes des
autorités gouvernementales et de l’armée, avec la procédure judiciaire qu’elle
a entamée pour enquêter sur des allégations de « crimes de guerre » et de «
crimes contre l’humanité », qui seraient commis dans la lutte contre Boko
Haram.
En outre,
l’incapacité du pouvoir et de l’opposition à se retrouver avec l’appui des
organisations de la société civile, pour mettre en place un large front de
défense de l’intégrité de leur territoire et de la sécurité de leurs citoyens,
n’a pas manqué de jouer sur le moral des troupes qui ne sentent pas derrière
elles, le soutien de leur peuple dans cette épreuve.
Au contraire, les
préoccupations électoralistes, qui divisent les forces vives de la Nation,
l’emportent sur le sursaut national salvateur, même quand les observateurs
prévoient une crise postélectorale majeure, de laquelle l’unité du Nigéria
risque de pâtir.
C’est dans ce
contexte que les USA viennent de jeter le masque en critiquant, sous prétexte
du respect nécessaire du calendrier électoral, le report des élections décidé
par la Commission Electorale du Nigéria, que le principal parti de l’opposition
a repris à son compte en organisant des manifestations de désapprobation dans
les rues.
Cette position de
l’opposition nigériane, qui refuse de voir que l’insécurité au Nord du fait de
Boko Haram, transforme en vulgaire parodie de la Démocratie, toute tenue des
élections avant son éradication totale, rappelle tristement celle de
l’opposition du Mali, dont les conséquences désastreuses ont rendu,
aujourd’hui, ce peuple et son armée nationale, impuissants devant les
tentatives de matérialisation de la partition du pays. Les USA misent ainsi sur
l’opposition pour la tenue de ces élections dans ce contexte d’insécurité et de
division politique, qui menace d’instabilité ce pays et sa sous-région.
De même, après
avoir pris la pleine mesure des conséquences de cette crise post-électorale,
combinée avec les agressions de Boko Haram, qui vont créer les conditions
idéales de partition du Nigéria, avec ses répercussions inévitables sur
l’intégrité territoriale du Cameroun, la France a anticipé sur cette situation en
perspective.
C’est la raison
pour laquelle, elle a actionné le Tchad, son « bras armé dans la Zone sahélo
sahélienne, pour prendre les devants, en occupant militairement une partie du
Nigéria, sous prétexte de voler secours à ce peuple meurtri, en y entraînant le
Niger, au nom de la défense de sa sécurité !
Mais le
gouvernement du Cameroun, qui a très tôt perçu les menaces que fait peser Boko
Haram sur l’intégrité de son territoire, n’a pas hésité à s’adresser à la
Russie pour mieux équiper ses forces armées et de défense.
Les pays membres
de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC) dont le
Cameroun est l’un des principaux pivots économiques et militaires, viennent de
décider d’un soutien de 50 milliards de francs CFA à ce pays pour mieux faire
face, alors que les membres de la CEDEAO se signalent par leur absence totale
de solidarité envers le Nigéria.
Il est vrai que
l’unité des forces vives du Cameroun autour de leur gouvernement et de leurs
forces armée et de sécurité, a fait cruellement défaut au Nigéria, et sert de
prétexte aux Etats de la CEDEAO, dont les Chefs s’alignent derrière les USA sur
la question du respect du « calendrier électoral », comme ils le firent au
Mali, sans en avoir tiré les conséquences sur les graves risques de partition
de ce pays qu’ils ont ainsi favorisés.
Cependant, la
France ne se suffit pas de son « bras armé » pour s’assurer une présence
durable sur le sol Nigérian, sans être mise à l’index. C’est la raison de son
agitation actuelle pour l’envoi d’une force internationale que l’UA avait
refusé lors de son dernier sommet qui a promu le Président Mugabe du Zimbabwe à
sa tête, compte tenu de l’expérience de ces types d’intervention en Afrique, et
récemment au Mali. L’Union africaine avait préféré une forme africaine qui
devra compter 8 700 hommes issus des pays de la ligne de front : Cameroun,
Tchad, Nigeria, Niger.
Ainsi, avec ce
projet Franco-américain, c’est tout le rêve, qui est investi par les
panafricanistes dans la réalisation de la CEDEAO et de la CEEAC, qui risque de
se briser.
Tous ensemble
pour le report des élections au Nigéria, la mise en place d’un Gouvernement de
salut national, et pour l’annulation des procédures judiciaires de la CPI, pour
libérer ce pays de Boko Haram et sauver la CEDEAO et la CEEAC des peuples !
Source : Investig’Action
Ibrahima Sene est
PIT/SENEGAL/ CDS
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